L’industrie éolienne européenne va-t-elle connaître le sort de celle des panneaux photovoltaïques ? C’est-à-dire disparaître balayée par l’industrie chinoise et abandonnée par les pouvoirs publics. La question mérite d’être posée, face à la concurrence chinoise et plus encore du fait de l’instabilité et du manque de visibilité chroniques du marché européen de l’éolien en mer. Il est ainsi passé en quelques années d’une phase d’euphorie et d’inquiétudes alors sur l’insuffisance des capacités de production, compte tenu des ambitions démesurées affichées, à une période marquée par des capacités de production bien trop importantes, inutilisées et non compétitives. L’Union Européenne s’est engagée à presque doubler sa capacité éolienne installée d’ici à 2030 pour la porter à 425 gigawatts contre environ 246 gigawatts aujourd’hui. Cela ne se fera pas…
Les reports des projets éoliens marins se succèdent dans la plupart des pays européens confrontés à la réalité des coûts des installations, de leur maintenance et des réseaux nécessaires pour acheminer l’électricité produite. L’éolien marin est de loin le renouvelable intermittent le plus cher quand on prend en compte son coût complet. Pour donner un ordre d’idées, RETM (Réseau énergies terre et mer) a calculé le coût complet de l’éolien marin en France à 375 €/MWh en 2025 et 428 €/MWh en 2026, des chiffres invraisemblables qui comprennent le coût d’installation, la maintenance, l’intermittence, les réseaux et la nécessité d’avoir des installations pilotables quand il n’y a pas de vent. Les calculs de RETM sont considérés comme sérieux et crédibles et intégrés dans les annexes du rapport Lévy-Thuot, publié en avril dernier à la demande du gouvernement Lecornu, sur « L’optimisation du soutien public aux énergies renouvelables et au stockage ». Mesurer le coût complet de l’éolien marin est même la principale recommandation du rapport Lévy-Thuot qui est pourtant d’une prudence politique extrême.
