Par Angélique Bouchard
À Bruxelles, les écoles juives vivent sous la protection de gardes armés. À Aubervilliers, devant le lycée Le Corbusier, un adolescent alimente une barricade déjà calcinée ; à Pantin, devant le lycée Marcelin-Berthelot, des poubelles flambent et des pétards répondent aux grenades lacrymogènes. À Lens, un garçon de quinze ans a perdu la main en ramassant une grenade de dispersion. À Erfurt, trente mille manifestants ont tenté d’empêcher la tenue d’un congrès de parti, tandis que, sur les campus américains, trois étudiants sur dix jugent la violence acceptable pour faire taire un orateur. Ces scènes ne se confondent pas, mais elles relèvent d’un même refus, de part et d’autre de l’Atlantique, de nommer ce qui déborde de la rue vers l’école et la synagogue. À Paris, ce refus s’étend à ceux qui en tirent parti, à quelques mois d’une présidentielle dont la principale candidate de la droite n’est libre de se présenter qu’un bracelet électronique à la cheville.
